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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 21:20

Alors, ça commence comment ?

Mes amis Marie et Olivier, Annie et Jacques, et Margot m'ont accompagné au bus à 16h30 à St Denis et m'ont souhaité toute la réussite et le courage nécessaires.

Un peu barbouillé par les 3 heures de bus de St Denis jusqu'à St Philippe, après l'entrée dans le stade de départ, le contrôle du sac, une petite interview de Serge Jaulin (Tv Mountain), un peu de café pour rester éveillé, je cherche les potes de Germond pour patienter les 2 heures qui restent avant le lacher des fauves. Je retrouve les troupes du 79, dont Francis le Corsica Pote (photo ci-dessous), Dominique S., Christian, le fameux "Kilian" Mornet, et Mico le local pour qui ce sera son premier Grand Raid. Et 2360 autres ...

 

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Assis dans les cailloux relativement près de la ligne, nous essayons de nous relaxer sur ces derniers instants. Je n'aurais pas la force de me retenir jusqu'à 22h, heure du départ, je profite d'une bouteille salvatrice pour me soulager la vessie qui allait exploser, tout cela sous les remarques ironiques et regards concupiscents (en un seul mot) de nos voisins et voisines, attirés par ce spectacle féérique. Sur ce, je me défosse d'au moins 30 cl de bonne urine jaune clair (j'arrête là les détails ? ). Pisse and love !

Le départ, comme d'habitude, est un moment de folie, une course de furieux qui se jettent par la grille qui marque la sortie de l'enclos où nous étions parqués, nous sommes bousculés, secoués, étouffés, portés. J'imagine même que certains pourraient être piétinés, tellement les fauves sont en furie et semblent prendre le départ d'un 10 km.

Avec Francis et Dominique S., nous parvenons à nous retrouver sur les premières centaines de mètres sur le côté droit de la route et adoptons alors une petite allure pour bien nous échauffer sur ces 2 kilomètres sur bitume avant l'entrée dans le chemin des cannes à sucre. Là, chacun va alors adopter sa propre allure sans se soucier du rythme des autres. Commence ici l'exercice : s'écouter, s'économiser, ne jamais forcer, gérer, marcher très tôt dès que le chemin va commencer à grimper, ne pas s'occuper de celles ou ceux qui doublent (on les reverra peut-être), boire régulièrement.

Je ne m'occupe déjà plus des autres potes, je n'aurais d'ailleurs plus de leurs nouvelles, sauf bien plus tard quand j'apprendrai que Francis a jeté l'éponge (pleine de boue) à Hellbourg. Je ne sais pas et ne veux pas savoir mon classement, je n'aurais cette info que bien plus tard, ce n'est surtout pas important.

Le premier ravito/pointage arrivera sur ce sentier montant au bout de 15 km (1h51 de course). Manger un peu et tailler la route. Commence alors la montée dans la forêt assez boueuse, à la queue leu leu, les passages techniques qui ralentissent la progression, les pressés qui doublent n'importe où, les mal à l'aise dans ces racines qui provoquent des bouchons. Ne pas s'affoler, la route est longue et la patience est de rigueur. Je ne dis rien, ni aux uns, ni aux autres, je me concentre, je suis calme et je regarde quand c'est possible les étoiles qui annoncent une belle nuit et le jour qui se lèvera de bonne heure.

Plus on monte sur ces pentes du volcan, plus il fait froid, je vais sortir le Gore-Tex pour ne pas me geler dès que les arbres vont disparaître et laisser place à de petits arbustes, puis aux seuls buissons subsistant dans les pierres volcaniques coupantes qui vont constituer le sentier jusqu'au volcan.

Le vent est assez fort et il fait très froid quand j'arrive à Foc Foc (23,7 km), il est 3h37. Je me déshabille complètement pour enfiler un maillot chaud à ras la peau, (mon Gore Tex et tee-shirt court et manchons ne suffisent pas), je grelotte un peu, puis ravito, remplissage du camel, et on repart au plus vite, direction la route du volcan où il y aura beaucoup de monde (car route d'accès).

Là, premières alertes, je m'endors 2 fois en marchant, butant dans des pierres ou trébuchant. Je contourne une petite mare d'eau marron, qui se révèle être le sentier lui-même... Bref, il est temps que le jour se lève, ce qui va arriver assez vite, vers 4h15.  Le gros ravito arrive très vite (31 km de course, il est 4h31), il y a beaucoup de supporters ici car la route du volcan est là, je suis bien réveillé, le jour est presque là, je ravitaille en tout ce qui se présente (liquide, solide) et repars assez vite sur la plaine des sables, lieu toujours aussi lunaire et magique . Le rythme de course est bon, je commence à doubler pas mal de monde. On se calme ...

La montée vers l'oratoire Ste Thérèse se fait à un bon rythme, les paysages sont magnifiques, mes yeux commencent à se passer de la frontale, la journée s'annonce bien. Ne pas s'enflammer, profiter, rester vigilant car les pièges sont à chaque pas. Je commence à faire quelques photos tellement le piton des neiges est beau au-dessus des nuages.

 

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Piton Textor, 40 km, il est 6h04, beaucoup de monde à encourager, ravito, beaucoup de musique à donf chez les bénévoles, tout baigne. Le plus dur est de rester en dedans, de s'économiser, car rien n'a vraiment commencé.

Direction Mare à Boue où le sentier herbeux va commencer à être très gras et quelques glissades vont agrémenter la promenade. Une portion de bitume que je n'aime jamais avant de rejoindre et traverser la N3, j'alterne marche et course, réservant la course pour les sentiers en herbe, plus souples donc.

 

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Arrivée à Mare à Boue, qui va bien porter son nom, 50,4 km, il est 7h37, j'ai plus d'une demi-heure de retard par rapport  à ce que j'avais estimé, selon mes 2 temps de passage précédents en 2004 et 2006. Je range la frontale, je mets la tenue d'été (manches courtes, retrait des manchons aux bras), je mange une soupe assis au bord d'une table, des pates, des tartines de paté, du chocolat, des Tucs,  tout et n'importe quoi, je bois du café, du coca, je fais le plein dans le camel et je repars au bout d'une vingtaine de minutes environ.

Là va commencer la première épreuve de vérité, une belle galère qui va durer 4 heures jusqu'au Gite de Bélouve : un sentier en surplomb avec bcp de dénivelé, des branches et racines où il est obligatoire de s'accrocher si on ne veut pas dévisser sur quelques dizaines de mètres à pic, de la boue de plus en plus présente, un sentier qui n'existe plus, des flaques ou mares de boue dans lesquelles les pieds s'enfoncent au niveau des chevilles, du patinage, des appuis inexistants, du raccroché in extremis aux branches, des coureurs qui rouspètent en file indienne dans ce marécage qui n'en finit pas.

 

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Je pense que beaucoup auront laissé leurs forces et leurs illusions dans ce champ de bataille où parfois on aurait pû nager. 

La descente en escaliers vers Hellbourg est enfin là, bienvenue, je la fais très vite, sans doute histoire de retrouver quelques sensations après le bourbier sans nom qui a précédé, je suis en compagnie d'un local, qui me conseille quand même de ralentir et de garder des forces pour le fameux Cap anglais, que je ne connais pas (et dont je vais me souvenir), qui va succéder à la base de Hellbourg.

 

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Je sais que mon assistance (Marie et Margot) est là, cela me booste forcément et ça va faire du bien à la tête de les voir.

 

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Elles m'attendent à l'entrée du village, je file devant vers le stade où elles me rejoindront quelques minutes plus tard pendant que je me restaure. Il est 12h56, 71 km sont parcourus, j'ai 2h de retard sur mon estimation faite à la louche (je ne connaissais pas ce tronçon, ni la cure de boue, mais aussi couché, qui était proposée). Marie et Margot me massent les tendons d'Achille (il me les a prêtés), mais aussi mes magnifiques mollets, puis également mes cuisses d'Apollon ...

 

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Après quelques pitreries pour les photos, c'est l'attaque de ce fameux Cap anglais dont on m'a annoncé la difficulté. En réalité, il est très roulant (!!) les 5 premières minutes, puis effroyable les 4 heures qui vont suivre. Seuls les derniers moments à l'approche du gite Piton des Neiges sont reposants. Ce Cap anglais, ça monte raide, c'est étroit (10 donc), il y a du vide souvent, on avance de 1m et on prend 1m de dénivelé en même temps, on a besoin des 2 mains pour grimper. Cette galère va laisser des traces et à l'arrivée au gite du Piton des Neiges où il fait froid, j'ai besoin de souffler. Il est 17h06, avec 80 km parcourus.

 

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La descente vers le Bloc puis Cilaos est constituée de hautes marches d'escaliers où on peut s'appuyer sur les rondins de bois marquant le bord de marche, mais c'est pentu, Cilaos est en bas, je ne le vois pas car nous sommes au-dessus des nuages.

 

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Un couple d'amis (Valérie et Hervé) en vacances à la Réunion m'envoient un texto pour me dire qu'ils m'attendront à Cilaos et me demandent vers quelle heure je serai en bas ... Avant de couper mon téléphone pour économiser la batterie avant la nuit, j'essaie de leur donner une heure, qui s'avérera, là encore, optimiste, car cela n'en finit pas. Le nombre de fois où je me suis dit que le temps était long !! Cela me fera plaisir de les voir et de partager presque une heure avec eux.  Il est 19h20,  88 km sont parcourus.

Je ravitaille, récupère mon sac d'assistance, me change et me prépare à affronter la nuit qui va commencer, et le fameux col du Taïbit. Je mange bien (bof !) et leur annonce que je vais sans doute me poser un peu à Marla, car je sens monter une lassitude, est-ce de la fatigue ? (Le Cap anglais a usé énormément mon organisme et mon mental).

20h17, je repars, objectif : au moins passer le Taïbit, col difficile qui marque l'entrée dans le cirque de Mafate, avant de me reposer un peu.

Je quitte Cilaos avec un coureur suisse dont je ne connais ni le nom, ni la tête, mais nous causons un peu jusqu'à Bras Rouge. Dans la nuit, je vois surtout son dos et la lueur de son frontale nous ouvrir le chemin. Les crapauds ou grenouilles font un bruit d'enfer à chanter ou copuler. On dirait une partouze tellement ça coasse dans tous les coins. Est-ce la saison des amours ? Il est vrai qu'il est tétard. Je lui demande (au Suisse) des nouvelles de Johnny Hallyday et de ne pas m'attendre car je veux monter à mon rythme. Nous nous retrouvons après avoir coupé la route d'Ilet à Cordes,( 22h22, 96 km), dans un petit ilet (ilet des nôtres, il a bu son verre comme les autres) où, à chaque édition, une dégustation de boissons chaudes à base de plantes est proposée aux coureurs. Même pas de rhum à se mettre dans le gosier ! La suite du Taïbit sera plus pénible pour moi. Les hallucinations, le halo de la frontale qui donne de drôles de formes. La descente vers Marla, que j'aperçois depuis le col, tout en bas, va me sembler une éternité. Marla : Samedi 1h12, 102 km au compteur.

Et donc pour la première fois sur le GRR, je sais que je vais me poser, je demande où je peux dormir 1 ou 2 heures, on m'indique 2 tentes, mais elles sont remplies de corps dormants, ronflants, de silhouettes roulées dans leurs couvertures de survie. Impossible de trouver un coin tranquille. Je m'allonge donc sans me déshabiller, avec mes chaussures aux pieds, mon gore-tex sur moi, je me roule dans la couverture de survie, pose la tête sur mon sac à dos et essaie de récupérer. Je suis collé à des gens qui dorment, la tête dans leurs pieds, mes pieds (et mes chaussures maculées de la boue de Bébour) à ras leurs oreilles. Ne pas faire la fine bouche, je n'ai pas le choix, l'essentiel est d'essayer de dormir un peu. Avec les allées-venues incessantes et le bruit des ronfleurs ou tousseries, cela sera difficile, mais j'ai dû quand même fermer mes yeux et perdre conscience à peine 1h sur l'heure et demie où j'étais allongé.

Vers 2h45, je me dis qu'il est temps de terminer la grasse matinée, je me lève, me ravitaille, remplis le camel, abuse du café car la nuit est là et je veux tenir le coup. A signaler comme partout, la disponibilité totale des bénévoles qui nous choient, nous servent, nous couvent. Vraiment impossible de trouver quelque chose à reprocher. Ils sont dévoués et chérissent les coureurs. Pour me donner la pêche (tu parles ! ), je me dis que le lever du jour ne va pas trop tarder et que cela va changer la donne.

En tout cas, ce repos m'a reboosté, je redémarre avec des jambes, un moral retrouvé, et la journée du samedi jusqu'à 18h, dont la traversée du cirque de Mafate, va être géniale. Des cuisses qui répondent, la lucidité revenue, des coureurs que je double, une allure correcte y compris dans les bosses. Les ilets vont se succéder, tous avec une forte envie d'avancer vite, tout est facile.

Trois Roches : Il est 4h38, 105 km. Le jour se lève, c'est magnifique, je rallume le téléphone pour commencer à faire des photos car la journée se présente bien. Chorier, tu as de la chance d'avoir 10h d'avance ...

Roche Plate : 6h10, 110 km, un avion !!  (faut relativiser surtout par rapport au profil des sentiers, mais l'allure ne ressemble pas du tout à celle du vendredi soir). J'avale à toute vitesse tout ce qui passe à ma portée sur les tables. Je discute aux ravitos , fais rire les bénévoles par quelques jeux de mots qui m'échappent. Pourvu que ça dure ! Et ça va durer encore 12h !

 

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Le soleil commence à être chaud, je remets la tenue d'été, fais un gros besoin au bord du sentier, sans pudeur. C'est la nature ! Je fais des photos , je double.

La Brèche, la main courante, le vide à droite. Super ! D'habitude je passe Mafate de nuit donc j'ai envie de profiter du paysage.

 

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Ilet des Orangers, il est 7h47, 115 km. Le temps passe vite, les descentes techniques sur cailloux arrivent et là je me reconnais, je saute de pierres en pierres, j'ai des guiboles, j'ai des genoux, mon allure contraste avec ceux que je dépasse, mais eux ne se sont sans doute pas reposés la nuit précédente.

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Aux Lataniers, on me dit 3h de descente jusqu'à Deux-Bras, je vais mettre 2h (photos comprises et lecture des nombreux textos, of course). Une descente comme je les aime, technique, et sur de grosses caillasses.

 

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Avant d'arriver à Deux-Bras, on traverse 3 ou 4 fois (je ne sais plus) la rivière des galets en passant sur des pierres. Il commence à faire bien chaud, c'est sans doute ce qui me poussera à me baigner bientôt. Le moral des coureurs qui m'accompagnent parfois commence à être atteint car ils trouvent le temps long et me demandent si le gros ravito est encore loin. Pour moi, tout va bien !

 

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Deux-Bras, grosse base-vie, il est 10h12, 125 km. Et là, le summum de gentillesse pour les bénévoles, du moins ce que j'ai ressenti. On m'invite à m'asseoir, on va me chercher tout ce que je veux, mon sac d'assistance, ma soupe, on me sert, on me propose de défaire mes chaussures à ma place. Je me mets du Nok sur les pieds car ça commence à chauffer sous la plante des pieds. Je change même de chaussettes. Le pied, non ? Et je repars au bout de 20 mn, car il faut profiter de la forme présente. Non sans avoir encore visité les cabinets . Est-ce le produit énergétique ?

Il est 10h36. Le juge de paix de Dos d'Ane est là, c'est un monstre d'habitude, avec des portions de cables pour se tenir, etc ... En traversant la rivière Ste Suzanne, équipée d'une corde non tendue, je me vautre complètement dans la flotte, me ruine la fesse, la douleur ne dure que quelques minutes, je repars, les gens sourient de ma désinvolture alors qu'ils prennent de mes nouvelles. Il faut laisser l'effet se faire, leur ai-je dit. La montée de Dos D'ane n'a jamais été aussi facile, un régal. Et pourtant c'est technique et pentu. Je me dis que cette facilité va bien cesser, mais peu importe, pour l'instant, je gaze. Le pointage de Dos D'ane n'est pas à l'endroit habituel , la foule est nombreuse, mais il faut redescendre bien plus bas dans le village pour arriver au ravito/pointage. 12h22, 130 bornes. Mais ça commence à sentir bon, non ?

La descente annoncée vers la mer (La Possession) commence par un raidillon affreux, droit dans la pente, qui dure 30 mn, accroché aux branches dans la forêt. Puis enfin un chemin roulant ( eh oui ça existe parfois), l'arrivée à La Possession ou mes 2 assistantes préférées vont être là. J'arrive comme un bolide, boosté par le monde rassemblé ici.

 

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Tout baigne. La Redoute, prépare-toi, j'arrive. Prétentieux ! La suite va me ramener sur terre. 15h01, 141 km.

Margot et Marie (et Nathalie, amie de Marie) sont là, je ravitaille, je rigole, je vais voir Joël, coureur du 79 et du trail de la Mascareigne, allongé et en triste état sur un lit de camp. Il n'ira pas au bout de ses 61 km. Pour moi, et par ma masseuse préférée, re-massage des tendons d'Achille (toujours pas les miens, sacré Achille), et des cuisses qui commencent à être douloureuses. Les quadriceps, déjà bien sollicités à la TDS, me signalent qu'il serait temps de rentrer à la maison. Je les rassure en leur disant que la Redoute, c'est pour 20h. Quelle erreur !

Je quitte La Possession confiant, car pour le terrible chemin des Anglais qui commence, je serai accompagné d'Olivier qui m'attend au début de la montée. Quel chemin ! Mal pavé ! Mais qui a posé ces cailloux n'importe comment ? C'est comme si c'était moi qui avait fait le pavage . A la montée, j'arrive encore à parler à Olivier. Dès que la descente commence, c'est fini, je passe en mode Mute, les cuisses ne veulent plus me tenir, les pavés sont irréguliers, jamais identiques, espacés. Et encore il fait sec, je n'ose pas imaginer passer là par temps pluvieux .

Il parait que je tire la tronche quand j'arrive à La Chaloupe où sont encore mes assistantes. Je n'ai plus envie de rigoler, j'ai envie que ça s'arrête cette affaire, je commande déjà ma bière à Margot pour l'arrivée dès que la ligne sera franchie. 17h25, 146 km.

 

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Derniers moments de partage avec Marie, Margot et Olivier. Il fait encore chaud. J'enfile le débardeur obligatoire pour l'arrivée, qu'on me pronostique pour 20h30. Il n' y a plus qu'à monter 700m de dénivelé, puis descendre 600m. Une broutille.

Mon calvaire va vraiment commencer ici, car les quadriceps ne me tiennent plus, hormis sur la portion bitumée jusqu'à St Bernard, puis quelle horreur sur cette montée glissante dans les bois où je m'accroche aux branches pour avancer, et dans la future descente après Colorado. Je comprends vite que je vais mettre du temps à rallier l'arrivée.

Je me fais doubler très souvent, je ressemble à un vieillard avec mon baton que j'ai trouvé au bord du sentier. Je glisse sans arrêt, je fais des pauses, je me trouve nul, je rouspète, je m'insulte. Le seul que je double ou presque est un coureur tombé, autour duquel les secours s'affairent, en liaison radio avec un toubib. Il va être évacué, mais comment au fait ? Allez Samuel, courage ! Je ne l'envie évidemment pas mais je suis une loque, je regarde sans arrêt mon chrono et je pense à ceux en bas qui vont commencer à s'inquiéter par mon retard. Et la bière qui est déjà servie !

Arrivé au Colorado, 20h42, 156 km, je ne peux m'empêcher de demander à un infirmier s'il peut me masser les cuisses. Je me couche dans un lit de camp et attend 5 bonnes minutes avant qu'il ne vienne s'occuper de mon cas. Il va me faire crier mais c'est un mal nécessaire. D'habitude, je fais Colorado-La Redoute en 1h environ, il va m'en falloir presque le double. Il fait froid, j'enfile mon gore-Tex. Et ce n'est pas ma vitesse qui me donne froid, je dois faire du 2km/heure.

La descente me semble plus difficile que d'habitude, je me traîne entre les grosses pierres, le moindre dénivelé est affreux. Mes cuisses me font très mal. Et le stade de La Redoute que je n'aperçois toujours pas. Des coureurs solidaires me demandent s'ils peuvent m'aider, je les remercie en les encourageant et en leur disant que le haut-parleur du stade va bientôt être audible. Foncez, les gars !

La route en bas du sentier arrive enfin, je l'attends depuis plus de 48 heures, mes supporters sont là.

 

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Je suis heureux, je débouche sur le macadam,  il reste 500m fastoches où je vais dévaler, comme un dératé, c'est l'entrée dans le Stade, le petit faux-plat montant (facile !!), je fais le con, des grimaces, des virages, je repars en arrière, je suis aux anges, les photos des amis et Margot, une bise à Annie et Jacques, la bise à mon pote Corsica Francis et Marylène, qui sont venus me voir arriver. Merci Francis ! (plus frais que moi sur la photo). Chapeau ! car après ton arrêt à Hellbourg, ça doit être dur pour toi de voir ma joie d'être allé au bout de ce GRR. J'embrasse Marie, Olivier, je passe la ligne, on me remet la médaille, on me demande de parler dans un micro et de donner mes impressions.

France 2, Eurosport, Chasse et Pêche, XXL, toutes les chaînes veulent mon ressenti.

 

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Aucun souci, j'ai tant de choses à raconter, j'ai vécu de tels moments qu'il faut les partager. D'où ce récit (et j'ai dû oublier des trucs).

162 bornes, 9700m positifs, 9100m négatifs. Il est 22h39, ça fait 48h39 que j'ai pris le départ. Mes potes Poulou et Negrito, qui m'ont suivi avec toute leur passion, m'appellent au téléphone, je pleure, je craque. C'est les nerfs. D'autres appels peut-être mais je ne suis plus sûr de rien. Je suis à La Redoute et ça me suffit, je savoure. Margot m'entendra dire : "plus jamais ce genre de connerie". Elle a dû délirer, car si j'ai dit ça, c'est que je n'étais plus lucide, car 2 jours après, d'autres m'ont entendu dire : "c'est quand la prochaine fois ? ". Et la bière, Margot ? Tu ne l'as pas achetée ? Va falloir attendre 15mn ou plus que je reprenne mes esprits, que je me couvre. Et nous partageons tous ensemble la binouze. J'essaie de manger, mais ça passe pas. Je vais m'éteindre peu à peu dans la voiture qui me ramène, puis devant le rhum arrangé que je réclamais, mais que j'aurai beaucoup de peine à finir.

Fabuleuse aventure, des encouragements par téléphone, par textos, par suivi Internet, des tas de mails que j'ai consultés après. On se sent porté, ça ne suffit pas à soulager les cuisses, mais que c'est bon ! Merci à toutes et tous, merci de vos bravos, vous avez beaucoup contribué à mon bonheur d'avoir vaincu ce périple, même si je ne pensais pas mettre autant de temps pour aller au bout. Je n'ai pas beaucoup de mérite, je ne fais que vivre à fond ma passion. Je pense à tous ceux qui voudraient être à ma place, je suis un privilégié. Vivement la prochaine !

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Published by corsicapotes
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la soeur de négrito 01/11/2011 19:17


Depuis la distribution conceptionnelle ma modeste personne n'a pas bénéficié des genes sportifs attribués uniquement à ce frére fou ( négrito) mais la lecture de ce vivant , emouvant, décoiffant
récit de cette fameuse course nous a avec Yves scotchés. Bravo, superbe performance au dela de l' imaginable pour le commun des mortels chapeau Monsieur , Dom


StefSenech 31/10/2011 21:50


Bravo Maître YoDom !
Le sentiment qui prédomine après la lecture de ton CR oscille entre "p... que ça doit être bon d'aller au bout !" et "B... de m..., mais j'en serai jamais capable !".
A la fois ça donne envie de se lancer et à la fois ça donne envie de rester sur le 5km de l'Ekiden...
Un jour peut-être...
En attendant, bravo et super bravo !!!!!!!!
Déçu pour Francis, mais il le refera bien un jour.


Sam 31/10/2011 17:54


Super récit Maître Yo Dom. Chapeau bas pour cette course et ton mental d'acier, ça force le respect. Et merci pour les bièrasses !!


Négrito 31/10/2011 17:42


Beaucoup d'émotions en lisant ce cr,une nouvelle fois un très grand respect mon pote pour cette volonté et ce courage qui sont en toi.


danielle 30/10/2011 23:22


le matin, j' avais rassuré notre mère pronostiquant une arrivée vers 18h/19h et, branchée en live sur mon ordi, j'étais étonnée de ne pas te voir arriver, maintenant je comprends vu la galère
finale ! Bravo pour avoir terminé dans de telles conditions !

ta grande soeur.


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